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Le Western
Lorsque
Joe Lando s'est retrouvé sur le plateau de Dr. Quinn , sa première
pensée a été pour le western !
il en prit
soudain conscience alors qu'il surplombait le décor
de Colorado Springs implanté au coeur du Paramount Ranch.
Depuis
fort longtemps , les décors naturels du
Paramount Ranch n'accueillaient plus les tournages de Westerns
qui racontent la vie des pionniers dans lOuest américain
durant la seconde moitié du XIXe siècle.
Le western
n'est pas seulement une histoire de feu et de sang avec des hommes à
cheval , des indiens , des cow-boys et des paysages grandioses , c'est
aussi un combat manichéen entre le bien et le mal et lexpression
dun milieu culturel .Le western supporte une tradition nationale
quil exalte ou critique, transforme en épopée ou
démystifie, mais hors de laquelle il ne saurait exister. Le Western
, c'est l'image du Nouveau Monde .
Les thèmes
propres au Western.
- Péché
originel et paradis perdu. La civilisation américaine sest
faussement enracinée avec la conquête de lOuest.
En détruisant les Indiens, en ne trouvant jamais de réponse
au problème de la cohabitation pacifique et en choisissant
le génocide, les pionniers ont commis une faute irréparable.
Plus ils tuaient dIndiens, plus ils croyaient éliminer
les témoins de ce quils ne pourraient jamais être,
les fils dune terre dont ils semparaient par la force.
La mort des Peaux-Rouges contenait, à la fois, laffirmation
de la présence physique des Blancs et en même temps la
négation éthique dun accaparement qui condamnait
les tueurs à la mauvaise conscience. La croyance en un possible
paradis sévanouissait en même temps que se perdait
linnocence des conquérants. Le paradis a été
découvert et aussitôt détruit par la faute de
lhomme; lui seul est responsable de son échec. LOuest
des débuts de lavancée blanche était perçu
comme un milieu où pouvaient sépanouir les qualités
dun homme meilleur, loin de la misère qui avait poussé
les immigrants à quitter la vieille Europe. La civilisation
nouvelle, qui se mettait en place, ne pouvait être différente
quà la condition de sappuyer sur des individus
ayant une claire conscience de la transformation nécessaire
de leur mentalité et même de tout leur être. La
conquête de lOuest reposait sur le mythe de lhomme
nouveau. Or, en privilégiant non le progrès de la conscience
mais le progrès de la technique, non lélargissement
des facultés humaines mais le développement économique,
en détruisant les indigènes qui gênaient une expansion
ressentie comme une nécessité vitale, les Blancs ont
assassiné leur propre espoir en un monde meilleur. Le western,
ayant dabord exalté la grandeur de la conquête
dun nouveau monde, aboutit à lévocation
des espoirs déçus et des consciences tourmentées.
Lidéal de justice et de liberté sest tout
à la fois forgé et détruit dans lédification
de la nation américaine : il reste une civilisation dominée
par la violence et le racisme.
- interrogation
sur les contradictions de la psychologie collective américaine.
Des cinéastes, qui ont choisi de sexprimer dans le moule
du western, utilisent ce genre comme un support à des entreprises
métaphoriques, où la violence contre les Indiens et
lexpansionnisme territorial évoquent indirectement la
condition des Noirs et les guerres impérialistes contre les
peuples du Tiers Monde. Les westerns des années 1960, qui montrent
lintervention des Américains dans les guerres civiles
du Mexique de la seconde moitié du XIXe siècle et du
début du XXe siècle, adoptent une démarche allusive
dont les prolongements contemporains sont évidents. Très
explicitement, William Hale écrit à propos de La Brigade
des cow-boys (Journey to Shiloy, 1967), un western se déroulant
dans le cadre de la guerre de Sécession : «Jai
voulu explorer le parallèle avec une génération
de jeunes Américains qui mènent une guerre au Vietnam
sans que personne ait pu leur donner dexplications valables.»
De son côté, Arnold Laven écrit à propos
de Geronimo (1962) : «Jespérais montrer que le
combat de Geronimo, afin dobtenir la justice pour son peuple,
est lié à la lutte des minorités opprimées
dans notre monde actuel - plus spécialement les Noirs dans
notre pays et les Mexicains [...]. Je voulais que Geronimo ait un
caractère contemporain et très significatif qui dépasse
le cadre spécifique de lhistoire elle-même.»
- Au-delà
des problèmes généraux de la société
américaine, le western propose aussi une réflexion sur
lindividu américain, sa violence latente, son individualisme,
sa volonté de réussite. Le mythe du surhomme seffondre;
Wyatt Earp devient un shérif fasciste dans Doc Holliday (1971)
de Frank Perry; les adolescents, que la violence fascine et qui la
mettent en jeu sans réflexion, sont voués à la
mort (Qui tire le premier ? A Time for Dying, Budd Boetticher, 1969).
De nombreux films décapent lhistoire des États-Unis
au XIXe siècle : ce que des années dhagiographie
avaient déposé disparaît sous le regard incisif
des cinéastes qui ont choisi de donner de lOuest une
image débarrassée de toutes les conventions mensongères.
Le réalisme sous-tend la démarche des auteurs qui veulent
comprendre à la fois lattitude des Indiens et celle des
hommes qui pénétraient dans des terres nouvelles, où
ils croyaient tout réapprendre et renaître à une
vie nouvelle. Jamais peut-être, comme dans Le Convoi sauvage
et Jeremiah Johnson, navaient été perceptibles
les raisons de léchec de lidéalisme américain.
Lorsque
Sam Peckinpah déclare : «Jespère que mes films
peuvent être le reflet de la mauvaise conscience de lAmérique»,
il place le western dans son éclairage moderne - lanalyse
dune crise de civilisation. La marche vers lOuest est terminée,
la recherche dune nouvelle frontière se révèle
illusoire. Par une sorte de mouvement de reflux, cest dans un
film comme Easy Rider (Dennis Hopper, 1969) que le malaise de lAmérique
trouve son écho le plus juste. Les doux héros de ce manifeste
de la contre-culture - deux hippies -, après un repas partagé
avec des fermiers accueillants, symboles de ce que le XIXe siècle
aurait dû léguer à lAmérique actuelle,
senfoncent, par une progression à rebours douest
en est, dans un pays toujours plus inhumain et qui finit par les assassiner
au bord dune route. La violence déchaînée
par la conquête de lOuest conduit à lautodestruction.
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