Joe Lando s’est engagé sur ce projet avec une réalisatrice qui n’avait jamais fait de film auparavant .C’était audacieux . Le film disposait d’éléments qui auraient pu produire un vrai thriller mais avec des prises de vue peu élaborées , un montage mal pensé , une bande musique alourdie inutilement et une modulation sonore mal maitrisée , le résultat est raté .

L’intrigue concerne un groupe de jeunes qui , l’été arrivé , perturbe un endroit tranquille . Quand ils sont décimés par ce qui semble être un crocodile , ni Clyde ( Christopher Biewer ) ,adjoint du shériff ni Brenda Gray ( Zoe Bell ), une pro en crocodiles , n ‘en sont totalement convaincus .Clyde aime sa vie et son métier qu’il pratique avec empathie et conviction. Ses certitudes feraient de lui un bon flic. Clyde n’écoute pas toujours son supérieur .Comment constituer une entrave plus importante pour le shériff Jones ( Joe Lando ) qui est un psychopathe boucher ? La maladresse de Clyde , mieux dosée , aurait pu dynamiser le film et lui apporter du  » peps  » .

joe_lando_04_freshwater_005Jones occupe une noble fonction . Le film pose la question de la justice trompeuse car le shériff parvient à berner tout le monde . Il est tour à tour sauveur/défenseur ou destructeur ! On retrouve ici le thème de la dualité bien/mal . Adepte de la retraite ‘ pépère ‘ et de la pêche , Jones a un passe temps peu banal .Il attrape des proies et nourrit un crocodile de chair fraiche. Jones a été crocodilisé ( mordu par un crocodile ) , de fait , le thème vampirique est abordé . Mais , Jones peut être bel et bien comparé à un égyptien ; l’Egypte Antique adorait et nourrissait Sobek, le crocodile . Chaque ville égyptienne élévait son crocodile , une bête apprivoisée à laquelle on offrait une nourriture spéciale et des victimes .Le crocodile était entouré de tous les soins possibles .A sa mort, il était même embaumé et déposé dans une sépulture sacrée.

Jones utilise une belle jeune femme ( Yulia Klass ) qui lui rabat le gibier ! Celle-ci veut apaiser ses frustrations car elle fut une sorte d’ado vilain petit canard autrefois méprisée et repoussée par les ados nantis de la ville . Le duo conjugue ses besoins cependant le mystère reste entier sur l’origine de leur relation . Comment s’est noué ce lien ? A chacun de l’imaginer !

Le film comporte une scène avec un chien , Fluffy, dont la maitresse , Mme Biggins , se fait croquer . La scène peut paraitre simpliste à priori ; on peut même se dire que Mme Biggins est une parfaite nigaude . En fait Brenda Gray , l’experte en crocodiles , l’a persuadée qu’elle avait juste vu un bout de bois qui flottait dans l’eau devant chez elle et que par conséquent , un bout de bois n’est pas un crocodile  et donc … qu’un bout de bois n’est pas dangereux ! quand Mme Biggins jette une balle à Fluffy , la balle tombe dans l’eau . Fluffy n’écoute que lui-même et  ne répond pas aux appels de sa maitresse : il se fie à son instinct de chien ;  il est cloué par sa propre peur et reste loin de l’eau .Il se peut aussi qu’il ait bien failli y perdre sa truffe ! Par contre, en allant chercher la balle dans l’eau , Mme Biggins démontre qu’il vaut mieux ne jamais en  » démordre  » quand on a ses propres convictions ! Mais du coup , on se dit qu’ une lourde part de responsabilité dans cette mort incombe à Brenda Gray . Et d’ailleurs, celle-ci sera chatiée pour son trop plein d’assurance . Par certains côtés , cette partie du film m’a ramenée à certaines fables du poète Jean de La Fontaine.

Le scénario a intégré la comptine ‘ Alouette, Alouette , Gentille alouette ‘ qui  raconte comment une alouette perd ses plumes étape par étape .Cet air trotte dans la tête d’un jeune homme à un moment dramatique . Ce même air est repris par Jones qui joue les sauveteurs à la fin du film alors qu’un jeune rescapé est anéanti . Sa copine ouvre des yeux exorbités en entendant Jones siffler cette même comptine . Pourquoi deux générations en connexion grâce à cette comptine ? parce que la comparse de Jones est un drôle d’oiseau nommée : Melody ! Dans le générique , la reprise chantée fait basculer le film dans une sorte de blague à ne pas prendre au sérieux.

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